Voilà des ruines qui nous ont donné du fil à retordre. Ayant découvert ce lieu un peu par hasard en parcourant les cartes aériennes fournies par l’IGN, nous nous sommes rendus à Guerbigny dans la Somme et nous sommes tombés face à cette zone qui nous a immédiatement intrigué. Dans un premier temps, nous nous sommes arrêtés devant la première curiosité que nous avions repéré.

Isolé au milieu d’un champ accessible depuis un petit chemin après une chapelle sur laquelle nous reviendrons à la fin de l’article, l’édifice apparaît entre quelques arbres. Il est l’incarnation de notre démarche au niveau de l’association puisqu’on s’est rarement autant posé cette question : Qu’est-ce que ça fait là ? En attendant, nous avons réalisé notre tour d’horizon habituel. Les photos correspondent à deux périodes séparées de plusieurs mois vu que nous sommes allés deux fois sur les lieux, d’où le possible changement au niveau de la densité de végétation et de la météo entre certains clichés.







Plus on s’est approché et plus le mystère s’est épaissi. Ce que nous avons pu tout de suite constaté c’est que le sol est jonché de détritus et en faisant le tour nous avons remarqué que le lierre avait l’air de bien se plaire.







L’intérieur s’apparente vraiment à une décharge, le lieu a été ou est encore parfois squatté, mais vu l’état du plafond qui menace de s’écrouler d’une seconde à l’autre nous ne conseillerions à personne de s’y aventurer.











Bon comme dit dans l’introduction de l’article, nous sommes longtemps restés assez interrogatifs quant à la nature de cet endroit qui semblait avoir quelques secrets à délivrer. Malgré de nombreuses recherches, nous n’avons rien trouvé pendant un moment à cause du cruel manque d’information… Jusqu’à ce que par hasard en fouillant sur Delcampe, nous avons trouvé un indice et surtout cette carte postale du lieu à l’époque où il était en fonction, peut-être même très peu de temps après sa construction.

À l’aide d’un commentaire (disponible sous l’article) et aussi celle de ces mêmes habitants qui nous ont indiqué les ruines de la chapelle dont nous avons déjà parlé, le rôle de ce bâtiment nous a paru bien plus clair. Quelques recherches supplémentaires nous ont permit de retrouver qu’il servait autrefois d’observatoire météorologique. Fondé par M. William Palyart à ses propres frais, ce bâtiment lui servait à réaliser des bulletins météorologiques qu’il publiait tous les mois dans le journal « Le progrès de la Somme » à partir des années 1910.
Les articles sont souvent en deux parties : La première traite des relevés météorologiques tandis que la deuxième s’attarde sur des observations de la faune et de la flore locales.



À la mort de M. Palyart en décembre 1913, c’est son épouse qui reprit le flambeau en devenant directrice de l’observatoire.


Pour en dire plus sur cette dernière source, M. Palyart faisait également parti de la société linnéenne du Nord de la France, qui est une société savante d’histoire naturelle dont le nom est inspiré de Carl von Linné, éminent naturaliste du XVIIIème siècle. Dans l’extrait d’un autre de leurs bulletins, datant de janvier 1910, ils font l’emphase sur la pratique et l’intérêt pour la météorologie dans les environs : « Enfin l’un de nous évoque le souvenir de Victor et Camille Chandon, qui ont fait à Montdidier d’excellentes observations météorologiques pendant 86 ans, et souhaite que la série de Guerbigny serve longtemps au progrès de la climatologie générale et contribue à la recherche des lois encore incertaines de la prévision du temps. » (Bulletin de la Société linnéenne du Nord de la France, Janv. 1910, p.294)
Dans ce même ouvrage et d’ailleurs à la même page puis la suivante, on peut y lire une description assez précise de l’observatoire alors tout juste achevé :


Après cette visite finalement assez brève mais enrichissante, nous sommes partis vers l’emplacement de l’ancienne chapelle funéraire de la famille à côté de cette bâtisse. Malheureusement, d’ici il n’y a plus aucune trace de ladite chapelle, nous avons tout juste pu apercevoir l’ancien portail caché derrière une végétation très abondante.



Lors d’un retour sur les lieux il y a peu en 2025, nous avons pu échanger avec quelques habitants du coin qui nous ont indiqué que la chapelle en question que nous n’avions pas trouvé lors de nos deux premières visites était toujours plus ou moins debout, seulement bien cachées entre des arbres. Elle se trouve d’ailleurs logiquement non loin de ce qui reste percevable de la grille, il suffisait juste de passer par un autre chemin qui mène de l’autre côté de celle-ci sur les hauteurs.


Nous avions une idée de ce à quoi ressemblait cette chapelle funéraire par le biais d’une carte postale ancienne qui se trouve juste ci-dessous. Elle semblait se situer à l’est de l’observatoire, la grille a déjà été une confirmation de son emplacement. Il restait donc à savoir où se trouvait exactement ses vestiges et par quels moyens y accéder.


Après avoir suivi les indications qui nous avaient été données, nous avons aperçu les vestiges d’un muret en nous enfonçant un peu dans les bois, ensuite est venu un des murs de la chapelle. La découverte fut à la fois surprenante et frustrante car nous avions déjà été non loin de là auparavant sans rien voir… À notre décharge, de gros arbres masquent les ruines depuis le chemin, il nous aurait simplement suffi de faire un peu de hors-piste à l’époque, c’est ainsi !



Ses abords sont intéressants, mais la tentation d’aller voir à l’intérieur a pris le dessus dans un premier temps !









À noter que le plafond étoilé, malgré son délabrement, a toujours son charme.

Tout autour de la chapelle se trouve un petit cimetière, malheureusement en mauvais état à cause des dégradations et de l’usure du temps. Nous avons commencé par le côté gauche qui semble être le plus « fourni » en ancienne sépulture, dans l’espoir d’y trouver quelques noms.








Petit aparté pour parler de cette plaque, étrangement intacte à part ces traces de grattage blanchâtres, en hommage à un ancien gardien de la chapelle. Il y est écrit : « TOURNELLE/EUGÈNE THÉOPHILE DÉSIRÉ/NÉ À WARSY (SOMME) LE 17 7BRE 1866/DÉCÉDÉ À GUERBIGNY LE 20 MARS 1907/GARDIEN DE LA CHAPELLE ET GAZIER/DE PROFUNDIS«
En faisant quelques recherches nous avons retrouvé son acte de naissance à Warsy, à toutes fins utiles.


Il est maintenant temps d’aller voir à droite de la chapelle, où il reste aussi quelques vestiges.







Nous avons bien essayé de deviner l’ancien chemin d’accès officiel qui menait vers la chapelle depuis la grille que nous avions aperçu en contrebas, mais la végétation plus qu’abondante nous a vite remis sur le droit chemin. C’était impossible d’avancer ne serait-ce que de cinq mètres dehors en passant par-là.

Revenons brièvement sur la famille de M. Palyart. Cette famille était importante dans les environs, notamment donc à Guerbigny où M. Louis-Joseph Palyart y fut maire de 1830 à 1876 comme nous pouvons l’apprendre grâce à l’ouvrage nommé « M. Palyart-Véret » D’autres cartes postales permettent de nous montrer quelques vues de leur propriété de l’époque. Toutes les images proviennent de Delcampe. Ces cartes nous laissent apercevoir la beauté générale du lieu à l’époque, patrimoine malheureusement en grande partie disparu aujourd’hui.



Et nous sommes repartis, avec retour sur le chemin qui à la fin donne une jolie vue sur cette autre chapelle.

D’ailleurs, en ce qui concerne cette dernière qui date de 1894, elle est malheureusement dans un sale état et c’est d’autant plus flagrant lorsque l’on jette un œil à l’intérieur…





La voilà ici sur une carte postale ancienne, quelques années après sa construction.

Le site devait être autrefois un lieu de villégiature idyllique un peu perdu en pleine campagne picarde et fut malheureusement fracassé par la Grande Guerre comme bien d’autres. À nous alors de rendre hommage à ces vestiges qui ont déjà bien assez souffert des affres du temps et des mauvaises intentions…
Ah oui et nous n’avons bien sûr pas manqué de passer faire un tour par la très jolie église Saint-Pierre !







Bonjour,
J’arrive par hasard, mais avec beaucoup de plaisir, sur votre article, faisant justement des recherches généalogiques sur le fondateur de la station météorologique qu’a abritée ce bâtiment, (Joseph Félix) William Palyart, fils du couple Palyart-Mancel et petit-fils du couple Palyart-Veret. Vous trouverez un peu plus de détails sur cet observatoire dans un article du Progrès de la Somme du 10 janvier 1914, disponible sur Retronews : RetroNews.fr – Le site de presse de la BnF . William Palyart faisait un relevé météorologique régulier, qui était publié dans le Progrès de la Somme.
Si vous me le permettez, je citerai dans mon arbre généalogique sur Geneanet cet article, qui viendra idéalement illustrer le parcours de son fondateur.
Cordialement,
Freddy Wattelet
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Bonjour,
Merci beaucoup pour votre message !
Et surtout merci pour votre lien que je vais lire avec attention.
Je vous autorise bien sûr à citer l’article.
Cordialement,
Thibaut Druesne, président d’Entre Pierres Et Fougères
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Bonjour et merci pour le lien.
Avez vous des informations sur la chapelle des Palyart
Cordialement
Jean Desprez
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Bonjour,
Si vous faites référence à la chapelle funéraire Palyart-Mancel qui figure sur la carte postale, malheureusement non. J’ai regardé dans l’inventaire général du patrimoine culturel de la région Hauts-de-France, au cas où, mais elle n’y est pas référencée.
Cordialement,
Freddy Wattelet
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